viernes, 18 de marzo de 2016

ARMAND DUPUY [18.257]


Armand Dupuy 

Nació en 1979. Vive cerca de Lyon. 
Ha escrito varios libros de poesía y también colabora con pintores y fotógrafos para la fabricación de libros de artista.

Bibliografía:

dehors / hors de / horde, Publie.net, 2008 
Distances , Publie.net, 2008 
9'32 / Pollock, Publie.net, 2009 
En avant les, Publie.net, 2009 
Les pansements d'arrière-arrière grand maman, avec Bobi 2, Animal graphique, 2009 
L'évidence feuilletée d'un monde , avec Jérémy Liron, Publie.net, 2010 
Tondi / Scanreigh ou le dos devant, Publie.net, 2010 
La tête pas vite , éditions Potentille, 2011 
Faire-monde & papillons, avec Jérémy Liron, éditions Centrifuges, 2011 
Matin seul, avec Georges Badin, Voix éditions, 2012 
Mieux taire, avec Jean-Michel Marchetti, préface de Bernard Noël, Æncrages & co, 2012 
Après, dessin de couverture de Loïc Gaume, Ed Contre-allées, 2014 
Par mottes froide, frontispice de Jean-Claude Terrier, Ed. Le Taillis pré, 2014 
Sans franchir, Faï fioc, 2014



casi un invierno en el ojo

Atravesamos una región de tocones pesados
y de pinos – las carreteras apretadas. Pienso el
blanco por terrones fríos que un mes lleno
no ha calentado. La luz aplasta
las prímulas, es demasiado. Demasiado como
solo y rápido. La carretera aprieta más fuerte y
todavía nos preguntamos qué quiere decir
marcharse, volver o simplemente pasar.

[…]

La luz al encuentro, siempre, y la muerte
bastante cerca en el pájaro, el patio, el liquen
de los troncos, incluso en las respiraciones lentas
en el primer piso. La tierra se derrumba en la boca
y por todas partes. Arrancamos las imágenes tan
vanas y machacadas como los terrones de ayer.
Nos gastamos diciendo eso en palabras débiles, in-
capaces, y tal vez deberíamos callarnos.

Y esos terrones, todavía, que ya no están ahí
pero su frío tenaz – casi un invierno
en el ojo, más tardío, y burbuja en la templanza.
El ojo y el pensamiento se oyen donde lo alto
toca lo bajo. Volvemos a ver en la ventana los
precios seguros de la gasolina, la grisalla, y todo
pasa. Nos mantenemos a flote en pocas cosas:
este presente devastado; el lugar impronunciable.

Lo que mariposea y arde bajo la bombilla o
moja, más bajo, los musgos y cascajos, la
hiedra gris-muerto – todo eso caído en mi sucia
manía de amasar lo poco en pocas palabras, todo
eso posado en la espera que no ayuda a la espera, ahí,
como las manos sobre la mesa, dos bestias perdidas.
Y pienso en el amigo lejos, su casa lejos, su orilla
de mar que mece, lo suelta a lo lejos, tan solo en el umbral.

(traducción de Su Xiaoxiao)






On traverse un pays de souches lourdes
et de sapins – les routes serrées. Je pense le
blanc par mottes froides qu’un mois plein
n’a pas réchauffées. La lumière écrase
les primevères, c’est trop. Trop comme
seul et vite. La route serre plus fort et
toujours on se demande ce que veulent
dire partir, revenir et simplement passer. 

[...]

La lumière au devant, toujours, et la mort
assez près dans l’oiseau, la cour, le lichen
des troncs, même dans les respirations lentes
à l’étage. La terre s’éboule dans la bouche
et partout. On arrache des images aussi
vaines et ressassées que les mottes d’hier.
On s’use à dire ça dans des mots faibles, in-
capables, et peut-être qu’il faudrait se taire. 

Et ces mottes, encore, qui ne sont plus là
mais leur froid tenace – presque un hiver
dans l’œil, plus tardif, et bulle dans le redoux.
L’œil et la pensée s’entendent où le haut
touche le bas. On retrouve à la fenêtre les
prix sûrs de l’essence, la grisaille, et tout
passe. On reste à flot dans peu de choses :
ce présent dévasté ; l’imprononçable endroit

Ce qui papillonne et brûle sous l’ampoule ou
mouille, plus bas, les mousses et gravats, le
lierre gris-mort – tout ça tombé dans ma sale
manie d’amasser le peu dans peu de mots, tout
ça posé dans l’attente qui n’aide pas l’attente, là, 
comme les mains sur la table, deux bêtes perdues.
Et je pense à l’ami loin, sa maison loin, son bord
de mer qui berce, le laisse au loin, si seul au seuil. 

Par Mottes froides,  éditions Le Taillis Pré, 2014





Tu poses du vert
pour salir pour exister

parce qu’il faut ces taches
étalées ces gouttes
où penser –

penser pas
rêver ni plaire il faut

peut-être ou pas
marcher longtemps
sur l’herbe les planches
s’étouffer par la
peine
laisser monter
tourner

tu penses en pinceau
large
à travers les yeux
tête épaisse encore
tu tournes et lèves
des ombres
en tournant

des estropiés
des copeaux

tu vois ce vert
qui pense et tache
et scrute
à travers tes yeux

s’étale mouille
fripe autre chose

t’excède et bave

tu tournes
avec

tu répètes radotes
la couleur les mâchoires
pas tranquille il ne faut
pas

tu empiles recommences

et sur la tête
tout ne fait que découdre
à coups de crocs de
laine coups de poils
ou d’écailles
de langue et tout ce qui peut
vraiment tout

cogne

Ce Doigt qui manque à ma vue, dessins de Philippe Agostini, coll. « Voix de chants », Æncrages & co, 2015






[L’EAU FERMÉE]


l’eau fermée
s’ouvre
se ferme

jamais rompue

on cède sans flancher

tu poses les yeux
dans ces temps différents —

une claque les arrache

le bleu s’enfonce
en lui-même

s’enfonce et 
respire

récite

cet enfoncement —
ce doigt qui manque à ma vue

manque à ma tête

on reste avec ça

ça si maigre et
clos

maigre et jusqu’à
l’autre bleu des draps

pois blancs

emballer ma tête 
et sombrer

«Mer» in Ce doigt qui manque à ma vue, Æncrages & Co, Collection voix de chants, 2015, s.f. Sérigraphies de Philippe Agostini.






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